Dans les colonnes de La Provence du 26 juillet, Thémis, la Déesse de la Loi, a pris les traits de la sémillante quadragénaire Karine Sabourin, présidente de chambre correctionnelle au tribunal de grande instance de Marseille, et de surcroît déléguée de l’Union Syndicale des Magistrats.

Bien évidement, c’est tellement rare qu’une magistrate en exercice parle de son métier, que cela mérite beaucoup d’attention. Ce faisant, elle a emboîté le pas à sa collègue Béatrice Brugère, secrétaire générale d’Unité Magistrats, la « people », star des plateaux de télévision, qui donne des cours pour le concours de la magistrature, qui est membre du Conseil Économique, Social et Environnemental, et qui n’a certainement plus beaucoup de temps pour s’occuper de ses fonctions comme vice-procureur de la République au TGI de Paris.

Karine Sabourin, elle, ne fait que ça, elle rend la Justice, ou tout au moins, elle essaie. Tout d’abord elle répond aux critiques de laxisme concernant sa profession, qu’elle balaie d’un revers de manche de sa toge au nom de « vérités qui doivent être restaurées », en précisant que « l’objectif des juges est d’être légalistes, d’appliquer les lois, d’être humains, de respecter les individus (sans dire lesquels, les assassins ou les victimes ?), et leurs droits fondamentaux, historiquement conquis. »

Force est de reconnaître que c’est un beau plaidoyer pro domo, mais va t-il suffire à convaincre les lecteurs de La Provence, pas sûr, qui eux comme tous les citoyens normaux de ce beau pays sont sans cesse aux prises d’une justice qui les ignore et les malmène…

D’ailleurs notre belle juge poursuit son plaidoyer en invoquant le fait que les citoyens ne sont pas exactement informés des lois en vigueur dans notre pays qui fixent les infractions punissables et les sanctions qui s’y attachent, notamment l’aménagement des peines d’emprisonnement inférieures ou égales à un an …oui, c’est vrai les citoyens de ce pays sont certainement et majoritairement des benêts qui ne savent pas comment fonctionne notre Justice, ou sans doute ne le savent-ils que trop ?

Puis elle enchaîne sur les réductions de peines fixées par la Loi, toujours la loi sur laquelle elle ne cesse de se fonder dans son argumentation, ces textes qui sont votés régulièrement par le Parlement, c’est l’expression du peuple français bien sûr, mais qui interprète les lois pénales, qui les applique, qui les détourne comme c’est le cas des correctionnalisations fréquentes de crimes pour ne pas embouteiller les cours d’assises, qui ?

Le ton est donné quand cette magistrate explique que « le régime légal d’exécution des peines est objectivement conçu pour assurer la PAIX, et les bons comportements en détention, et d’autre part, pour limiter la suroccupation insupportable de nos prisons« , la dernière raison est clairement avouée pour masquer les défaillances de la Justice !

Un cours nous est ensuite donné sur la phase du jugement, sur l’exigence de preuves tangibles pour condamner un individu, sur le doute qui doit profiter à l’accusé, sur l’impossibilité pour le juge de deviner les intentions criminelles, et sur l »importance des cours d’assisses qui se prononcent autant sur la culpabilité que sur les peines, ce qui est un bon exemple de vulgarisation au demeurant, mais le problème, c’est qu’elle a glissé une fin de phrase quelque peu ambiguë : « et si l’on veut éviter la récidive, autant choisir l’emprisonnement à perpétuité dès la première condamnation », que diable, cette boutade méprisante est révélatrice, sachant que le maximum de la peine en correctionnelle n’est quasiment jamais prononcée et que ce sont ces mêmes juges qui par le passé ont refusé dans leur grande majorité de prononcer des peines planchers pour les multirécidivistes….

A la dernière question qui est posée, notre belle Karine répond par un morceau de bravoure difficile toutefois à avaler :  » L’acte de juger ce n’est pas une opinion, c’est un acte réfléchi, qui s’inscrit dans un cadre légal strict et qui doit être empreint d’un grande humanité »…fermez le ban ! sans aucune considération humanitaire dans ce propos pour les victimes séquestrées, violentées, violées, brûlées, assassinées.

Cette juge très soigneusement coiffée, maquillée, manucurée, standardisée, ne se préoccupe nullement comme tous ses autres confrères et consœurs du sort des victimes, comme ce fut le cas notamment des quatre collègues policiers attaqués et brûlés volontairement et très gravement à Viry-Chatillon en 2016, affaire pour laquelle, il a été donné d’assister à une parodie de justice avec huit acquittements à la clef, sur 13 personnes jugées,  et une remise en cause indécente de l’enquête policière a posteriori.

Et cette autre victime, Sarah Halima, qui en 2017, à Paris, a été tuée sous les coups portés par son agresseur, Kobili Traoré, délinquant toxicomane et islamiste notoire, entré par effraction chez elle, et qui parce que juive l’a défenestrée et tuée. Et cependant, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris, tout en reconnaissant les motivations racistes de ce meurtre, a conclu à l’irresponsabilité pénale de l’auteur des faits à cause «de l’altération de son discernement dû à des bouffées délirantes causées par une consommation excessive de cannabis »…

Et pour finir, autre exemple, parmi des centaines d’autres : l’assassinat du Père Hamel par égorgement en 2016 dans l’église de Saint-Étienne du Rouvray par deux islamistes radicaux, dont Adel Kermiche, 19 ans, connu des services anti-terroristes, faisant l’objet d’une fiche S et que la justice avait placé sous bracelet électronique….

En définitive, cette prise de parole n’aura servi à rien, et surtout pas aux victimes qui n’ont eu droit à aucune considération de sa part ; et pourtant un très grand nombre de magistrats font leur travail consciencieusement, reconnaissons-le, et rendent la Justice « au nom du Peuple Français », et donc à ce titre, ils doivent rendre des comptes aux citoyens français quand leurs décisions sont de véritables dénis de justice.

Les victimes, parties au procès, parties civiles, en ont plus qu’assez de ce théâtre judiciaire qui se jouent en permanence dans les cours et les prétoires, où avocats et juges se donnent la réplique « mano en la mano » , et s’auto-congratulent en permanence sur le dos des pauvres gens qu’ils sont censés défendre et protéger. L’arrivée Place Vendôme d’un avocat n’a pas arrangé la situation, l’a rendue encore plus difficile, et le pire est à attendre.

La France a besoin d’une Justice impartiale rendue par des magistrats qui pour être respectés dans leurs comportements et leurs décisions doivent avant tout être respectables à tous égards. Oui, c’est difficile de rendre la justice, c’est un véritable sacerdoce, une exigence quotidienne, un respect sans limites des justiciables, assassins ou victimes ; sinon c’est l’injustice, et comme le disait Platon dans son livre La République, au IVème siècle avant J-C : « Un bon juge est celui qui a acquis une connaissance de l’injustice ».

Claude Dupont

Article du quotidien « La Provence » du 26-07-21

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Commissaire divisionnaire honoraire