« Ils sont venus, ils sont tous là », comme le disait Aznavour dans sa chanson La Mamma, oui Marseille, la Mamma est très fatiguée. Fatiguée de voir se succéder à son chevet depuis dix ans tout le Gotha présidentiel et ministériel qui distribue ou promet tout simplement des millions voire des milliards d’euros pour remédier aux maux de la cité phocéenne.

Et Monsieur Macron est venu à son tout profitant de la présence du Congrès mondial sur la nature pour dispenser ses remèdes. Son ordonnance médicale a pour vertus de soi-disant guérir toutes les affections dont souffre la malade : l’habitat indigne, l’indignité de l’école, l’indignité de la sécurité, de l’économie, des transports, de la culture, en fait ce qui sont les plus indignes ce sont les élus de Marseille.

Et sur ce point, j’admets que l’auguste premier magistrat de France a frappé juste, accusant haut et fort les élus des différentes collectivités de Marseille qui ne sont pas capables selon lui de s’entendre entre eux – Ville, Métropole, Conseil départemental – pour faire le bonheur de cette ville, et puis il n’a pas manqué de rappeler que les trop nombreuses grèves et d’absences du personnel municipal et territorial étaient les principales causes de la paralysie de Marseille, au grand dam du secrétaire général tout puissant de Force Ouvrière, Patrick Rué.

La tâche était immense pour notre Président dans une ville marquée au fer rouge par l’incurie politique et gestionnaire depuis la Libération, et encore qu’avant ce n’était pas non plus la panacée. Tout d’abord Marseille a subi 40 ans de socialisme affairiste et quelque peu mafieux, sous le règne de Defferre, ce curieux personnage qui n’avait pas voulu accueillir sur son sol les français rapatriés d’Algérie en 1962 alors que la Ville a toujours été une ville ouverte à tous les parias de la Terre et aujourd’hui plus encore, puis il y eut une éclaircie très brève avec le professeur Vigouroux qui a bien essayé de soigner la malade mais englué par les querelles intestines socialistes, il a cédé la place dix ans après à Jean-Claude Gaudin  de la « Droite molle » qui a pratiqué pendant 25 ans une politique clientéliste, se désintéressant totalement des quartiers populaires et sinistrés.

C’est donc le petit maire par substitution, Payan, en 2020, qui a hérité de la fonction de garde-malade, assisté par une majorité composite écolo-socialo- communo-gauchiste. Rapidement, notre petit maire-substitut a rapidement pris conscience du mal profond de la cité, et a appelé à la rescousse le professeur, grand maitre de l’Elysée, lequel tout heureux de dispenser ses remèdes a volé à son secours. Plutôt, il a tenté de le faire, car contrairement à ses prédécesseurs monarchistes, il n’a pas le don de guérir les écrouelles, ce que faisaient nos bons rois au moment de leur sacre.

Le professeur Macron, assisté de quelques ministres-collaborateurs, a donc fait son diagnostic, puis a dévoilé un plan de sauvetage qui n’est en fait qu’une mise sous tutelle déguisée de la Ville, car il a fixé des échéances et une feuille de route aux uns et autres, responsables locaux, et a prévenu qu’il viendra voir l’état d’avancement des réformes en octobre puis en février 2022. En fait, le Président-professeur a profité de cette opportunité pour venir faire, aux frais des contribuables, une tournée pré-électorale, surtout dirigée vers les quartiers nord à l’exception d’une visite à l’l’hôpital de La Timone, et une visite en bateau dans les calanques.

Quel bilan à tirer de cette visite « royale », pas grand chose. Oui c’est vraiment beaucoup de mesures annoncées dans divers domaines que les élus locaux devront mettre en musique sous condition de régler leurs chicayas, et ce n’est pas demain la veille.

Concernant la sécurité, la police tirera certes avantage des moyens nouveaux accordés en termes de renforcement en matériels et en personnels, même si la construction d’un nouvel hôtel de police pour remplacer le vieil et emblématique « Evêché » ne se profile qu’à l’horizon 2030, et d’ci là bien des changements politiques majeurs risquent de compliquer ce projet.

En fait ce qui manque concernant la sécurité, ce ne sont pas 60 éducateurs et médiateurs nouveaux qui vont changer les choses, ni les palabres avec les mères de famille maghrébine et les « racailles » de Bassens (15ème arrondissement), ni les écoles pilotes annoncées dans ces quartiers sinistrés qui font déjà grincer les dents des syndicats enseignants par qui toute réforme de l’Education Nationale passe ou trépasse, et surtout pas de donner plus d’autorité aux directeurs d’écoles sur les maîtres. Donc finalement, ces cautères ne suffisent plus, ce sont des emplâtres sur une jambe de bois comme Marseille en a connu par le passé.

Ce qu’il est nécessaire de faire à Marseille, c’est une révolution culturelle, une opération chirurgicale à cœur ouvert pour extirper le mal une bonne fois pour toutes, éradiquer le trafic, mener une lutte sans merci aussi bien sur l’offre de produits stupéfiants, comme sur la demande, ramener l’ordre républicain dans les 42 (chiffres officiels), je dirais plutôt 60 cités gangrenées par la drogue et les trafics. Et surtout, il convient de réarmer moralement la police et la gendarmerie afin que ces corps se sentent soutenus et respectés dans leurs missions et non pas suspectées en permanence. A cet égard, et pendant cette visite, ne sachant pas si c’est une coïncidence ou pas, il a été donné de constater le travail efficace de la PJ, travaillant sans relâche et qui a coincé un gros bonnet maghrébin de la drogue recherché depuis 5 ans et impliqué dans les récents règlements de comptes.

Et puis, le Président aurait dû parler de la Justice, c’est un oubli majeur, cette initiative ne doit pas être laissée à la discrétion de son avocat-ministre, et la parole présidentielle aurait dû relever les insuffisances de nos magistrats afin de leur indiquer la bonne voie à suivre avec des réformes appropriées et très attendues par le peuple souverain.

Et enfin, le Président a eu constitutionnellement le tort de se focaliser sur le secteur nord, car en vertu de l’article 13 de la Déclaration des droits de l’Homme, le principe d’égalité de tous les citoyens devant les charges publiques doit être strictement respecté. Or à Marseille c’est tout le contraire, ce sont les habitants du centre et du sud qui paient les impôts, alors que dans le nord, en grande majorité, la population ne paie rien mais zn revanche, ils profitent en permanence de cette manne financière, sans compter que les racailles vont accomplir la majeure partie de leurs forfaits (vols d’autos, cambriolages, vols avec violences) dans les beaux quartiers sudistes. Le leitmotiv : le Sud paye, le Nord casse a assez duré !

En conclusion il est à craindre que faute de médicaments efficaces, la Mamma passe l’arme à gauche, d’autant qu’elle ne peut plus même compter sur le secours du professeur Didier Raoult qui semble promis à un départ forcé. Vous me direz, Marseille a été fondée il y a 2600 ans environ, donc en définitive, ce ne sont pas quelques années perdues qui vont changer radicalement cette ville, détrompez-vous le déclin est annoncé, et notre belle civilisation marseillaise fondée par les grecs puis les romains est en voie d’extinction programmée.

Pour redresser la barre, il nous faut des élus responsables, honnêtes et déterminés à tous les niveaux, pas des magouilleurs : nemo auditur propriam turpitudinem allegans (Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.)

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Commissaire divisionnaire honoraire