Le principe est bien rodé. Depuis que des générations de politiciens incapables ou insuffisants se sont succédés dans les couloirs feutrés d’une République qui reste une brave fille, quand on ne sert à rien, on fait du vent, on brasse de l’air.  

Pour preuve, la nouvelle et dernière fulgurance de notre ministre de l’Intérieur, qui n’en finit plus de chercher un sens à son ministère.

On le sait maintenant. Le domaine sécuritaire n’est pas le sujet de prédilection du président Macron qui rame à convaincre l’opinion publique que la défense des femmes victimes de violences est une de ses priorités, sinon la grande priorité de son quinquennat. Il faut bien aller chercher l’électorat là où il se trouve.

Comme tant d’autres, ce thème, lui aussi, est à la dérive. Alors qu’il nécessiterait des mesures fortes, en matière procédurales notamment, il se limite à des mesurettes pour ne pas dire des ombres de mesurettes.

Mais quelle est donc la dernière trouvaille de notre ministre, excroissance caricaturale de son gourou ex-président de la République, un certain Nicolas SARKOZY ? Hé bien, elle consiste à ordonner la création d’une file d’attente particulière à l’entrée des commissariats pour accueillir les femmes victimes de ce genre de délits ou de crimes.

On pourrait croire à un poisson d’avril, si cette proposition n’était pas des plus sérieuses.

Mais comment peut-on avoir une idée aussi stupide, aussi infantile, alors même que l’on occupe un poste ministériel régalien ? Comment une équipe ministérielle digne de ce nom, ou du moins supposée l’être, peut-elle valider ce genre de suggestion particulièrement grotesque ?

Seuls ceux qui n’ont jamais été confrontés professionnellement à cette situation peuvent oser une telle réflexion.

Les femmes qui ont subi des atteintes pour leur intégrité, morale ou physique, ont besoin de beaucoup de choses, mais certainement pas se voir exposées au regard des autres plaignants. Sans parler de l’impossibilité matérielle à la mise en œuvre de ce dispositif iconoclaste.

Au lieu de vous disperser monsieur le ministre, travaillez à alléger des procédures judiciaires indigentes au regard des exigences d’efficacités qui incombent aux enquêteurs. Car c’est de cela, et surtout de cela dont les victimes, toutes les victimes ont besoin.

Au lieu de courir sur tous les lieux où se déroulent des drames, où d’ailleurs vous provoquez plus de désagréments que vous n’apportez de réponses efficaces, faites en sorte que des lieux d’accueil dignes de ce nom soient proposés aux femmes victimes. Et pas seulement dans les commissariats.

Que les acteurs sociaux aient enfin les moyens de trouver des solutions immédiates et efficaces en soutien d’une action policière qui ne saurait répondre à toutes les situations auxquelles elle est confrontée.

Mais sachez toutefois, monsieur le ministre et monsieur le président, qu’en ce qui nous concerne nous ne nous faisons aucune illusion. Comme dans bien d’autres domaines vous êtes plus doués pour jouer les ventilateurs que pour élaborer de véritables dispositifs de prises en charge. Vous voudriez être des Léviathans de la politique vous êtes tout juste comparables à des sardines en boîte, des Satrapes immortels, votre postérité sera anecdotique. Mais en attendant, celles et ceux qui ont besoin de votre efficacité peuvent bien toujours attendre, ils en seront pour leurs frais.

Alors de grâce, oublions cette « fameuse » file d’attente qui, pour le coup, n’aurait ni queue ni tête.

Des idées, vous en avez, certes. Mais par pitié, faites nous la grâce que ce soient des bonnes, et qu’elles servent réellement à quelque-chose.

De même, lorsque vous avez l’indélicatesse de déclarer, à grands renforts de publicité que les gendarmes et les policiers seront dispensés de passe vaccinal.

Vraiment ?

Parce qu’en dehors de leurs services ils ne redeviennent pas de simples usagers de cinémas, de théâtre, d’hôpitaux, et autres ? Que les membres des forces de l’ordre se le disent, vous, comme les autres vous aurez à vous soumettre au diktat gouvernemental. Ah, si seulement ils avaient une hiérarchie et des représentants sociaux dignes de ce nom. Mais bon, nous avons épuisé le sujet. Chacun sera responsable de ses choix le moment venu.

Votre brassage d’air médiatique qui n’a d’autre conséquence que de fragmenter avec une constance quasi religieuse une opinion publique à bout, à force de devoir digérer vos atermoiements et vos hésitations, nous fatigue. Mais rien de plus.

En attendant, le bon peuple se masque, se pique et quoi d’autre encore ? Jusqu’au bout. Mais jusqu’au bout de quoi ?

Jean-Pierre COLOMBIES

Jean-Pierre COLOMBIES

Commandant Divisionnaire Honoraire

Porte parole de l’association de policiers UPNI (Union des policiers Nationaux Indépendants)