Emmanuel Macron termine ce vendredi une visite officielle de trois jours dans la cité phocéenne. Fait rare pour un déplacement présidentiel par sa durée, ce sont également des circonstances exceptionnelles qui ont motivé ce voyage hors normes. En effet, sur fond de règlements de comptes successifs et d’explosion de la criminalité dans la deuxième ville de France, le chef de l’État a jugé utile de se montrer auprès des habitants, des élus et des policiers, lesquels sont en contact quotidien avec un phénomène désormais incontrôlable. Pour autant, il ne faut pas être dupe. Cette visite du « président déjà candidat » qui intervient à seulement quelques mois d’une élection majeure prévue pour le printemps prochain n’était, bien évidemment, pas dénuée d’arrières pensées. Et comme d’habitude, Macron a fait du Macron ! Entre une intervention devant un parterre « d’emplumés » empruntant à la comédie musicale « singing in the rain », et une autre auprès d’enfants sur le modèle d’un « flic à la maternelle », l’actuel locataire de l’Élysée a déroulé un show auquel les Français sont désormais habitués. Mais au-delà de la forme, c’est le fond qui interroge aujourd’hui non seulement les marseillais mais la France toute entière.

La situation sécuritaire à Marseille est catastrophique. Et ce n’est pas nouveau. Cet état de fait est la conséquence d’une gestion défectueuse et déliquescente qui dure depuis des décennies, et qui est le fait de l’ensemble des personnels et des partis politiques qui ont successivement gouverné cette ville. Entre corruption, compromission et incompétence, les élus et les responsables locaux ont peu à peu perdu le contrôle d’une situation qui s’avère maintenant ingérable. Mais soyons honnête, cette réalité n’est pas l’apanage de Marseille. De nombreuses métropoles, villes et villages du territoire national sont concernées par cette flambée de la délinquance, même si les violences, les vols, les viols et règlements de comptes ne sont pas aussi systématiquement médiatisés.

Ainsi, pour répondre à la désespérance des marseillais, et en particulier des habitants des quartiers les plus défavorisés de cette cité, Macron, tel le père Noël, mais avec quelques mois d’avance, est arrivé avec sa hotte chargée de billets de banque et de promesses. Parmi les heureux gagnants de la tombola présidentielle, la police nationale semble avoir tiré allègrement son épingle du jeu. Après les 100 policiers qui devraient arriver en septembre, pas moins de 200 autres seraient également programmés pour l’année prochaine. De même, 222 véhicules (on admire la précision du chiffre) seront normalement livrés aux services concernés dans les prochains mois. Derrière ces annonces, plusieurs questions se posent néanmoins. Questions que manifestement ne semblent pas se poser certains syndicats de police qui applaudissent à deux mains une telle aubaine.

Pourtant, tous ceux qui connaissent l’institution savent pertinemment que les policiers supplémentaires annoncés n’iront pas ailleurs. Ainsi, pour permettre de renforcer la police marseillaise, ce sont autant d’autres villes et d’autres commissariats qui ne verront pas en 2022 arriver les effectifs attendus. Par ailleurs, derrière ces chiffres « impressionnants », il ne faut pas oublier qu’avec le jeu naturel des mutations et des départs à la retraite, le bénéfice en effectifs sera de très courte durée. Bien entendu, il en va de même pour les matériels. J’imagine déjà, pour l’avoir vécu, la déception des chefs de services qui attendent de nouveaux véhicules depuis des mois et à qui l’administration signifiera sous peu le report, voire l’annulation, des livraisons qui étaient programmées.

Cette façon de procéder existe depuis des années et des années. Elle révèle un manque d’anticipation et de vision qui malheureusement est toujours d’actualité. Elle révèle aussi un manque d’évolution et d’adaptation dans l’organisation de la police nationale, laquelle a besoin, plus que jamais, d’une véritable réforme en profondeur afin de retrouver son efficacité pour faire face aux nouveaux défis sécuritaires.

Enfin, il est une question qu’Emmanuel Macron s’est bien gardé d’aborder à Marseille, celle du fonctionnement de la justice. Nous ne cesserons de répéter qu’aucun résultat tangible en matière de lutte contre le crime ne pourra intervenir, tant que la justice n’aura pas remis la sanction au cœur de son fonctionnement. Ce déplacement qui aura coûté cher au contribuable, ne rentrera donc pas dans les annales de la République. Une fois de plus, celui qui devait « révolutionner » la politique se sera contenté du service minimum, empruntant en cela sans vergogne les mêmes chemins que ses prédécesseurs.

Olivier DAMIEN

Olivier DAMIEN

Olivier DAMIEN

Commissaire divisionnaire honoraire

Ancien secrétaire général du syndicat des commissaires de police