De la Révolution française, jusqu’au 13 mars 1911, l’administration pénitentiaire était rattachée au ministère de l’intérieur.

Depuis 1911, elle fait partie du ministère de la justice par décret. Cette banale décision, à l’époque, était purement politique.

L’appartenance au ministère de la justice, n’avait pas trop d’incidences jusqu’au début des années « 90 », puisque le surveillant se contentait de faire régner l’ordre dans les prisons, d’ouvrir et fermer les portes des cellules et soi-disant faire de la réinsertion. Il pouvait également selon ses compétences professionnelles, être affecté au sport, à l’informatique ou aux travaux.

Au 21eme, le travail du surveillant pénitentiaire a évolué et a pris un véritable virage à 180 degrés. D’abord par la création des ERIS, Equipe Régionale d’Intervention et de Sécurité, puis la garde des détenus dans les hôpitaux (UHSI, UHSA), les transferts de détenus d’un établissement à un autre, les transferts des détenus aux tribunaux avec présentation devant le juge (PREJ), les groupes d’interventions dans les établissements (ELAC), la création de brigades régionales cynophiles, et tout récemment les brigades de surveillance et d’intervention périphérique des établissements pénitentiaires.

Toutes ces nouvelles missions ont permis aux surveillants de nouveaux horizons accompagnées de formations très spécifiques à l’identique du GIPN et du GIGN, d’être armés sur la voie publique, de libérer la police de ces missions qui à l’origine leur incombaient.

Cette évolution des missions confiées à l’administration pénitentiaire prouve que les surveillants sont capables de les assumer et doivent continuer dans ce sens. C’est pour cela que l’administration pénitentiaire doit être réaffectée au ministère de l’intérieur. Les agents ne doivent plus s’appeler surveillants pénitentiaires mais agents de police pénitentiaire, assermentés en vertu de l’article 20 du CPP, et donc compétents pour constater toutes infractions commises en milieu carcéral, les procédures établies seront traitées par un OPJ dédié et détaché par la circonscription de sécurité publique ou la BT rattachée à l’établissement pénitentiaire.

Ces personnels font partie de la fonction publique d’État, sont de catégorie C et rémunérés en catégorie C+ (atypique). Il se positionnent entre la catégorie C et B, avec un recrutement de niveau BEPC. Il est impératif, compte tenu de toutes les nouvelles missions, qu’ils accèdent en catégorie B afin de rehausser les salaires avec un recrutement BAC, à l’identique de leurs homologues policiers, car il faut savoir qu’à ce jour le recrutement se fait avec une moyenne de 4/20 ; ce qui est lamentable. Qui a envie aujourd’hui de risquer sa vie dans cette administration pour 1.400 euros par mois ?

Ce nouveau statut ouvrirait de nouveaux horizons pour la police pénitentiaire mais aussi pour la police nationale, mais aussi de nouvelles passerelles. Il faut savoir que le ministère de la justice a toujours voulu attribuer aux surveillants une mission de réinsertion ; ce qui n’est pas vraiment son rôle. Le métier de surveillant a toujours été relégué au niveau du plancher des vaches par son ministère de tutelle et toutes les revendications ont toujours été ignorées.

Mais cette refonte ne doit pas s’arrêter là, elle doit prendre en compte également une classification des détenus selon leurs comportements et leurs dangerosités. Une véritable réorganisation des établissements pénitentiaires doit être faite, les organigrammes réajustés, rendre l’autorité aux agents sur les coursives ; une autorité perdue depuis 1981. Il est nécessaire de leur donner les moyens matériels d’assurer la sécurité des biens et des personnes ; ainsi grâce à ces changements ce n’est plus la voyoucratie qui commandera et règnera sur les coursives et dans nos prisons mais bel et bien la police pénitentiaire.

Jacques Struzynski

Jacques STRUZYNSKI

Jacques STRUZYNSKI

Surveillant-chef retraité

Membre du Syndicat Pénitentiaire des Surveillants (SPS)