Pendant que les médias saturent les plateformes de communications avec un COVID qui sert, décidément, bien des intérêts. Certains n’hésitent pas à faire passer des réformes que nous qualifieront, sans scrupules, de scélérates. 

Bien que les circonstances soient rudes pour l’ensemble de la population, des groupes de pression sont loin de perdre de vue leurs propres niveaux de rémunération. Et quel bonheur quand le porte-drapeau de ces mêmes groupes de pression sont arrivés au sommet de l’État. 

La nomination de DUPONT-MORETTI fût, non seulement, le triomphe du paradoxe absolu, mais elle rimera désormais avec celui de l’intéressement décomplexé et du sabordage institutionnel. 

Pour preuve, voici deux décisions passées sous silence et dissimulées derrière le nuage épidémique. 

La première, consiste en une augmentation du point de valeur de l’aide juridictionnelle inédite. Elle passe de 32 à 34 euros. Soit une augmentation de plus de 6%.

Loin de nous l’idée de contester le principe de l’assistance juridictionnelle, mais il nous semblerait judicieux que cette augmentation opportuniste ait pour corolaire des valorisations qui concerneraient l’ensemble du personnel judiciaire. Ce qui ne semble pas être le souci premier du ministre actuel. 

Par le biais de ce système il est devenu institutionnalisé que certains avocats, conseils de criminels et de délinquants sont devenus de quasi-fonctionnaires. Beaucoup mieux rémunérés que les véritables, cela va sans dire. Rémunérés par l’État, la comparaison n’est pas insensée, mais à niveau cela touche au sublime. On comprend mieux pourquoi DUPONT-MORETTI clamait avec force et chaleur qu’il avait obtenu une augmentation du budget de la justice. On comprend mieux ou est passé l’argent qui manquera tant aux fonctionnaires de ce même ministère qui regarderont passer les trains. 

En même temps, pourquoi se gêner ?  Emmanuel MACRON nous démontre depuis plus de quatre ans qu’ils peuvent tout se permettre pendant que l’opposition s’épuise en débats internes et querelles indignes. Entre des nominations iconoclastes ou perverses ce gouvernement est une farandole d’inutilités ravies d’occuper le devant de la scène. 

Mais avec Eric DUPONT-MORETTI on assisterait plutôt à du sabotage en règle ou au règne d’une concussion qui ne se donne même plus la peine de se masquer. 

On ne peut qu’être indigné lorsque l’on met cette revalorisation “heureuse” des revenus des avocats, avec celle, indigne, dont ont bénéficié les “smicards” à hauteur de 0,99%. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et auraient dû provoquer un tollé auprès de ceux qui ont la prétention de défendre les plus faibles. Mais pas simple quand on porte un masque. 

Idem pour l’ensemble des fonctionnaires dont l’indice dont l’indice n’a été revalorisé que de 0,6 %. Choisi ton camp camarade.

Mais bon, cela ne risque pas de gêner le pouvoir en place qui aura substitué les revalorisations par des applaudissements quotidiens. C’est du cynisme poussé au sublime. 

La seconde réforme est cruciale. Elle concerne le recours désormais possible contre les conditions indignes de détention. 

Dans ce registre, nous avons toujours déclaré, quelles que soient les fautes commises par des délinquants, rien ne saurait justifier que les conditions de détention ne respectent pas la dignité humaine. Et nous n’attendions pas le “Falstaff” de service pour défendre ce principe. 

Et voilà, qu’en toute confidentialité le gouvernement, faisant suite à une décision du conseil constitutionnel, a voté un dispositif mettant en obligation le juge de mettre aux conditions de détention d’un détenu, dès lors qu’il est avéré que ses conditions de retenues sont considérées comme indignes. Soit en le déplaçant (sic…) soit en prenant toutes les dispositions pour y mettre fin. Traduction : en le libérant. 

Voilà en somme la réponse au débat sur la possibilité de construire, ou pas, des maisons d’arrêt. Sachant que la surpopulation carcérale est un mal endémique de notre système judiciaire, il suffira de considérer que les conditions de détention ne sont plus acceptables et donc de libérer les individus concernés avec, peut-être, des mesures alternatives d’exécutions des peines prononcées (généralisation des ports de bracelets par exemple). 

Cette décision renvoie à un débat passionnant sur le rôle et la place de la prison dans notre société, et l’exécution des peines. Une cascade de questions devrait se poser aux initiateurs de cette loi, mais, constatant l’amateurisme avec lequel nous sommes gouvernés depuis quelques années on peut légitimement en douter. 

En fait DUPONT-MORETTI met la pression sur sa propre administration pénitentiaire alors qu’il devrait travailler à l’amélioration des conditions de travail ou même de détention. Dans ce registre ce drôle de ministre raisonne par l’économie et en préférant les dispositions expéditives plutôt que constructives. Aberrant, ce système qui fera du juge ordonnant la détention, le même qui devra la lever pour cause de détention indigne. Ce n’est plus le ministère de la justice c’est Alice au pays des merveilles, et qui sait si DUPONT-MORETTI ne pourrait se voir attribuer le rôle du gros lapin.

Ce serait comique si ce panel de décisions ubuesques ne risquait de déboucher sur des situations dramatiques.

Quid par exemple du rapport victimes-auteurs, dès lors que l’auteur d’une agression sera laissé libre avec bracelet et partagera son quotidien avec sa victime de la veille ? 

En même temps, nous savons que le sort des victimes ne figure pas au registre des priorités de ce gouvernement. Ça se saurait. Nous aussi nous avons choisi notre camp. Ce n’est pas celui des tordus et des cyniques. 

Voilà donc le résultat des dernières fulgurances de nos gouvernants qui anesthésient toutes les oppositions en agitant le spectre d’une épidémie dont l’ampleur reste discutable mais qui aura eu le mérite incommensurable de museler toutes les contradictions.  

Jean-Pierre COLOMBIES

Jean-Pierre COLOMBIES

Commandant Divisionnaire Honoraire

Porte parole de l’association de policiers UPNI (Union des policiers Nationaux Indépendants)