Nous devrions rester courtois, élégant, aimable, tout en restant caustique. Mais quand la bêtise dogmatique prend le pas sur la raison il est de notre devoir d’alerter celles et ceux qui se croient fondés à décider de tout et de n’importe quoi. 

Comme tous les interlocuteurs concernés nous savons à quel point le sujet des violences faites aux femmes doit être débattu et abordé avec fermeté et conviction. Mais quand on est un ministre ayant sur la table tous les arguments pour prendre le problème à bras le corps on devrait éviter de tomber dans le piège de la démagogie stérile et des fausses résolutions. 

Nous avons déjà dénoncé l’accablante décision de créer des files d’attente différenciées pour les femmes victimes de violences, physiques ou sexuelles. Décision aussi stupide que stigmatisante. 

Le ministère, bien décidé à poursuivre la voie de la gesticulation volontariste annonce la suppression des mains courantes pour accéder plus vite à une procédure judiciaire sous l’autorité du procureur de la République. Il faut vraiment ne pas connaître le sujet et encore moins le contact avec des plaignantes pour prendre une telle décision.

Regrettable également que trop de personnalités, dites « sachantes », se précipitent devant les caméras pour dénoncer les insuffisances des services de police à appréhender le sujet.

Il est donc, bon et nécessaire d’indiquer à nos lecteurs que le sujet est DÉJÀ traité en priorité dans tous les commissariats de France et de Navarre.

Que systématiquement les mains courantes font l’objet de transmissions et de traitement.

Mais bon, pour justifier que l’on n’a aucune volonté de réformer la procédure en elle-même toujours plus complexe, que l’on a pas les moyens d’avoir des locaux dignes de ce nom pour recevoir, le public, TOUT le public dans des conditions acceptables, on annonce des réformettes destinées à calmer les esprits les plus échauffés et les antiflics de base qui n’ont de cesse que de justifier les passages à l’acte du fait du désintérêt des forces de l’ordre.

Ben voyons.

Il y a des incompétences partout, nous ne le nierons jamais, et ce n’est pas non plus le ministère qui nous contredira sur le sujet. Mais jeter le discrédit sur les services de police, et seulement cela, est particulièrement inconséquent.

Petite note explicative à l’attention des « crétins » qui décident.

Contrairement au discours récurrent que l’on entend partout, histoire de stigmatiser les flics et calmer les esprits les plus combattifs, on oublie de dire que beaucoup de femmes confrontées à des situations tendues au sein de leur cellule familiale ne souhaitent pas déposer plainte à l’occasion de leur premier contact avec les services de police.

Leur justification est très cohérente mesdames et messieurs, c’est tout simplement pour le motif qu’elles n’ont pas toujours intérêt à déclencher une procédure qui rendrait irréversible un contexte particulièrement tendu ou complexe. Fort heureusement, des périodes de crise ne débouchent pas systématiquement sur des agressions caractérisées. Précipiter le degré judiciaire est à évaluer, dans l’intérêt même des victimes et avec leur accord. Pour ne pas dire sous leur contrôle.

Les motifs à cette temporisation sont donc multifactoriels mais ne sauraient être négligés au risque de provoquer une situation encore pire que la précédente.

A savoir, que bon nombre de femmes risquent tout simplement de ne pas aller du tout au commissariat.

Conséquence : ce qui était latent le restera dans l’attente d’un passage à l’acte encore plus grave.

Aller dans un commissariat est aussi un temps d’écoute monsieur le ministre, ce n’est pas exclusivement une caisse enregistreuse destinée à recueillir des plaintes sans humanité.

Mais pour cela, encore faut-il savoir de quoi on parle et avoir des interlocuteurs en capacité de dire « non monsieur le ministre » ce n’est pas une mauvaise idée. C’est une TRÈS mauvaise idée.

Et comme si ça ne suffisait, pas voilà que mister DARMANIN nous promet encore plus d’OPJ (officiers de Police Judiciaire). Comme s’il suffisait de le dire pour qu’ils apparaissent miraculeusement dans des commissariats en peine de retenir ceux qui ont été formés et qui s’enfuient comme des moineaux en hiver, histoire d’échapper à une institution judiciaire en ruine.

Cela dit, il faut admettre que depuis la parabole christique de CASTANER qui ferait prendre le Macron nouveau pour le Messie réincarné, on serait prêt à tout croire. Y compris au pouvoir de DARMANIN de multiplier les OPJ comme Jésus le fit avec les petits pains.

Attention Gérald, n’oublie pas l’épilogue de l’histoire. Pour Jésus ça n’a pas été franchement une partie de plaisir.

Pour être plus sérieux. Sachez, mesdames et messieurs que pour former de bons procéduriers, qu’ils soient OPJ ou pas, il faut des années et un peu plus que des pirouettes rhétoriques ou électoralistes.

Mais bon. En ces temps où les phrases creuses et vides de sens ont plus de poids que celui de la réflexion et de l’intelligence pourquoi se priver de déclarations fumeuses et stupides. Il y a un public pour ça.

Ce qu’il faudrait mettre en place pour limiter un peu les dégâts est d’un tout autre registre.

Ce sont des lieux d’accueil dignes de ce nom, une réactivité des services sociaux optimale, une procédure judiciaire allégée et facilitatrice, un véritable partenariat avec les communes qui pourraient réserver certains logements à des personnes en difficulté, façon de neutraliser un environnement conflictuel,

mais aussi, et surtout, des décisions de justice applicables et appliquées.

Mais tout cela, ça coûte cher et demande un véritable courage politique.

Tout ce qui nous manque.

 

Jean-Pierre Colombiès

Jean-Pierre COLOMBIES

Jean-Pierre COLOMBIES

Commandant Divisionnaire Honoraire

Porte parole de l’association de policiers UPNI (Union des policiers Nationaux Indépendants)