Il y a 10 jours, le 9 juin 2021, en déplacement dans la Drôme à Tain l’Hermitage, le chef de l’État Emmanuel Macron sort de sa voiture en courant pour aller serrer des mains de spectateurs en nombre réduit. Pris à partie par un individu, celui-ci réussit à gifler le Président de la République avant d’être interpellé par les forces de l’ordre.

Cet événement a pu se produire à cause d’une série de défaillances de la sécurité.

La protection rapprochée du Président de la République est assurée par le GSPR (Groupe de Sécurité de la Présidence de la République) composé de 77 policiers et gendarmes.

L’analyse des images abondamment diffusées met en lumière une série de défaillances dans la protection du Président :

1. L’erreur initiale qui ne sera jamais rattrapée et qui conditionne la suite des événements réside dans le fait pour le Président d’ouvrir lui-même la porte de sa voiture. C’est une faute car dans un lieu public le Président et plus généralement toute personnalité protégée, ne doit pas ouvrir la portière de son véhicule. L’ouverture de la portière est uniquement réservée aux agents chargés de la protection de la personnalité, que ce soit un précurseur ou un des éléments de la protection mais uniquement quand celle-ci est en place c’est à dire quand le triangle de sécurité est positionné autour de la portière arrière (pour mémoire la protection rapprochée ne peut descendre en dessous de 3 agents qui doivent couvrir un champ visuel de 360°). Cette ouverture n’est déclenchée que sur instruction de l’agent positionné en flanc gauche. Pour éviter une sortie intempestive le conducteur doit bloquer les portières dès que la personnalité est à l’intérieur de sa voiture. Par ailleurs une fois sorti du véhicule la portière doit rester ouverte sous la surveillance d’un agent de protection le temps que la distance soit suffisante pour mettre la personnalité à l’abri car en cas de retour inopiné il ne faut pas se heurter à une portière refermée trop tôt. Malheureusement cette bonne pratique est rarement respectée que ce soit par les personnes qui ouvrent les portières et qui ne sont pas des agents de protection rapprochée.  Ce mercredi 9 juin 2021, c’est le Président Macron lui-même qui a demandé que l’on arrête sa voiture (ce qui est parfaitement légitime, et qui est sorti sans que sa sécurité soit en place ce qui est parfaitement inapproprié : il y a donc 2 erreurs commises par le GSPR à cet instant :

  • Non verrouillage des portières.
  • Triangle de sécurité qui n’est pas en place autour de la portière.

 

  • Troisième erreur : le Président court vers la foule mais l’élément avancé (l’agent qui doit se trouver devant lui) est absent ce qui fait qu’Emmanuel Macron va directement serrer des mains sans aucune protection.
  • Quatrième erreur : l’agent en flanc droit qui est le responsable du dispositif restreint a son téléphone à la main et le range quelques secondes avant le contact avec la foule : l’évacuateur doit toujours avoir les mains libres (pas de téléphone, pas de dossiers à porter etc…)
  • Cinquième erreur : l’agent en flanc gauche du Président est en retard et de ce fait ne peut éviter qu’un individu agresse le Président déjà verbalement et ensuite le gifle…
  • Sixième erreur : aucun des agents du GSPR n’a de mallette de protection balistique plus connue sous le nom de valise Kevlar ou de valise Jospin ! ni de parapluie en kevlar.

L’évacuation du Président est correctement faite mais l’agression a déjà eu lieu. Le Président revient serrer des mains avec une protection renforcée mais là aussi c’est trop tard.

Conclusion :

– La protection d’une personnalité comme je l’ai indiqué dans un article publié à l’Institut des Hautes Etudes de Sécurité Intérieure en 2011 répond à 4 objectifs : protéger la personnalité contre une agression, contre un accident, protéger son image et la protéger contre elle-même. Dans le cas d’espèce l’agression physique a eu lieu, l’image du Président a été atteinte et lui-même s’est mis en danger.

– Dans un passé récent, les Présidents français ont également été victimes d’agressions :

  • Le 4 mars 2002, à Mantes La Jolie (Yvelines), Jacques Chirac reçoit des crachats de la part de jeunes à Mantes la Jolie : absence de parapluie de protection de la part du GSPR.
  • Le 30 juin 2011, à Brax (Lot et Garonne) Nicolas Sarkozy est agrippé par un individu. Le GSPR agit de façon professionnelle mais a un temps de retard à cause de la présence à côté du Président d’élus locaux qui gênent l’action de la sécurité.
  • Le 1er février 2012 à Paris, le candidat aux présidentielles François Hollande est enfariné Porte de Versailles par une femme. La sécurité n’intervient pas pour empêcher cette agression par défaut de placement et de vigilance.

– L’agression dont a été victime Emmanuel Macron fait partie des atteintes majoritaires sur une personnalité à savoir l’action d’un individu seul, n’étant pas armé, pas toujours bien équilibré d’où l’importance du rôle des services du renseignement intérieur et des éléments précurseurs.

– Enfin il est fondamental que la personnalité et a fortiori le Chef de l’État soit informé par les agents chargés de sa protection de ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire et qu’il ait confiance en eux. Le Président peut aller où il veut mais ce n’est pas à lui de décider quel dispositif de sécurité doit être mis en place. Il est, en matière de sécurité, dans la même position que celle qu’il a vis à vis du pilote de son avion ou de son médecin.

Éric Stemmelen

Éric Stemmelen

Commissaire divisionnaire honoraire