Jusqu’à présent, la plupart des médias ont avalé les assertions de l’Intérieur sans trop vérifier : les « fact-checkers« , c’était pour les autres. Mais la sphère médiatique bascule brutalement : en mai 2021 déjà, L’Express remarquait que « Les statistiques officielles peuvent être biaisées par les pratiques d’enregistrement de plaintes ou les requalifications ultérieures ». Ô combien ! Et puisque ça semble se gâter entre le ministre de l’Intérieur et les journalistes, voici ce qu’ils dé­couvriront – s’ils cherchent un peu : le bilan sécurité du quinquennat finissant de M. Ma­cron est exécrable.

Un récent sondage du Figaro le confirme : bilan sécurité de M. Macron et ministres concer­nés ? Mauvais/très mauvais, 62% des Français. Vols et cambriolages ? (mauvais/très mauvais), 68% ; répression du trafic de drogue ? (mauvais/très mauvais), 73%.

L’étranger confirme : The Economist d’août 2021 classe, rayon sécurité, Paris au 23e rang, der­rière… Chicago (20e) et Dallas (22e). Le réputé site statistique Numbeo enfonce le clou : quand vous marchez la nuit dans la rue, vous sentez vous en sécurité ? Allemagne, oui, 56,4% ; France, 40,3% au plus bas. Honte : Turquie, oui, 51,1%.

Pendant ce temps, l’Intérieur persiste à truquer et mentir. Florilège :

« Les cambriolages ont diminué » TRUQUAGE ! Depuis 2020, les confinements, l’obligation d’exhiber des « pass » à tout propos, ont rendu les Français sédentaires ; ils sortent moins de chez eux. D’où, moins de logements cambriolés et plus de locaux officiels (mairies, services so­ciaux, etc.), bureaux d’entreprises ou associations, locaux industriels ou agricoles. (en moyenne, 45% du tout).Or l’Intérieur sait tout cela en détail mais ne donne que les index « cambriolages de logements » de l’État 4001 – tricherie affligeante, que nul ailleurs ne pratique, pas même l’Albanie. Plus, autre silence de l’Intérieur, les pillages de chantiers du bâtiment-tra­vaux publics dans les quartiers coupe-gorge et alentours.

« Nous pilonnons avec succès les supermarchés de la drogue » MENSONGE ! Si c’était vrai, le prix des stupéfiants augmenterait dans la rue ; or il stagne, voir baisse un peu. Cela signifie que ces fictifs pilonnages affectent marginalement le trafic.

« Il y a eu moins de voitures brulées au nouvel an » – MENSONGE PAR OMISSION : des émeutes où brulent des véhicules, dans des quartiers d’où les policiers sont chassés à coup de mortiers, où le vandalisme sévit, où l’on crève les pneus, où les nuits d’été tournent au cauchemar du fait de rodéos, adviennent de deux à trois fois par semaine désormais, dans toute la France et toute l’année. Aussi, « Nous interdirons les mortiers d’artifice » dit l’Intérieur – MENSONGE ! On n’en n’a jamais tiré autant, disent les syndicats de police.

« Il y a moins de braquages » MENSONGE PAR OMISSION : désormais, des gangsters high-tech jouent les hackers pour piller les distributeurs de billets, raflant à chaque fois des di­zaines de milliers d’euros. Une trentaine de cas connus ces derniers mois, rien qu’en zone gen­darme­rie. En prime, truandage systématique des statistiques de braquages, dans les com­missariats, entre « nature d’affaire » et « nature d’infractions », organisés en douce entre le com­missaire et l’officier chargé de tenir « l’État 4001 ».

Autres sujets sur lesquels l’Intérieur se tait :

 – Règlements de comptes entre malfaiteurs : janvier-novembre 2021 sur les mêmes mois de 2020, + 46% ; à Marseille, la tuerie continue entre gangs de dealers, ou de vendeurs de ciga­rettes de contrebande à la sauvette.

– Explosion des vols par ruse visant les gens âgés ; rien qu’à Paris (jan-nov. 2021) 464 cas con­nus (près de dix par semaine),

Plus largement, aggravation depuis des années du désordre social :

– Près de 800 000 conducteurs circulent en France sans permis de conduire,

– Explosion des vols violents de montres de luxe, à l’arraché,

 – Permanence à niveau élevé de l’arrachage des câbles de cuivre des télécoms par des no­mades, cauchemar des particuliers et entreprises privés de téléphones et d’Internet.

– Clochardisation de métropoles comme Bordeaux, où s’incrustent 108 camps de no­mades et plus de 100 squats, d’usage criminogènes,

– Criminalisation de villes comme Nantes, où les fusillades sont d’occurrence hebdomadaire,

– À Paris, plus de 300 « salons de massage », euphémisme pour autant de bordels,

– À la périphérie des villes, multiplication d’illicites « marchés de rue », avec vente agressive, à la sauvette, de cigarettes contrefaites, médicaments opiacés type Tramadol, etc.

Ne parlons même pas de la « Politique de la ville », sujet méritant à lui seul un article détaillé.

Toujours est-il qu’à Tourcoing, le 14 novembre 2017, Emmanuel Macron s’exclamait « Je veux que le visage de nos quartiers ait changé à la fin du quinquennat ». Et que pour 74% des Fran­çais, c’est raté : lire ce qui précède permet de mesurer l’ampleur de l’échec.

Xavier RAUFER

Xavier RAUFER

Criminologue

Enseignant et Écrivain