Sous un titre accrocheur, « De nouveaux « flics » pour faire échec aux stup », La Provence daté du 10 août annonçait la prise de fonctions officielle de 64 nouveaux jeunes policiers, sortis frais émoulus de leur scolarité et de leur stage.

Je ne ferai pas de long commentaire sur ce titre concocté par des journalistes de seconde zone, tellement il est dérisoire, voire idiot, et je préfère m’attarder sur ces nouveaux venus qui vont travailler désormais dans la deuxième ville de France, une ville -métropole qui souffre de mille maux, la criminalité et les trafics les disputant à un islamisme dévorant, un communautarisme exacerbé, une corruption sans égale et à une incurie politique hors du commun.

Ils vont devoir vivre et s’acclimater à cette cité qui sous des aspects chatoyants et colorés, se révèle être en sous-main très meurtrière et sanglante, et dans laquelle bientôt, les balles de 7,62, de 9 mm et les armes blanches feront plus de morts que la Covid 19.

La tradition réglementaire voulait que lorsque des jeunes recrues arrivaient dans un service, elles soient ipso facto versées dans unités de voie publique. Cependant à Marseille, on ne fait rien comme ailleurs, et donc la presse nous apprend que 75% seulement de ces jeunes policiers iront désormais exercer leurs débuts sur le macadam au sein des unités de police-secours, du GSP (groupe de sécurité de proximité), des BST (brigade spécialisée de terrain), ou à la CDI (compagnie départementale d’intervention), ce qui somme toute, sont des affectations tout à fait logiques, les brigades anti-criminalité (BAC) requérant plus d’expérience et d’ancienneté.

Quant aux autres, les 25% restants, ils seront, nous dit-on, affectés « à l’indispensable travail d’investigation, notamment contre les stup, au traitement des violences intrafamiliales, à la réduction des délais de traitement des procédures (?) et à l’accompagnement des victimes »…

Comment une telle décision qui se situe aux antipodes d’une affectation en sortie d’école a pu être prise par la Directrice départementale de la Sécurité Publique en place si ce n’est qu’elle a dû agir vraisemblablement sur les ordres de la Préfète de Police.

C’est le monde à l’envers dans cette Police Nationale qui doit normalement obliger les nouveaux policiers à passer par un tronc commun en voie publique pendant un temps indéterminé, 2, 3, 5 ans ou plus, avant de s’orienter vers d’autres filières telles que le renseignement, l’investigation, la police technique. Il devrait en être de même, d’ailleurs, pour les nouveaux officiers et commissaires de police dont la mise en situation au contact du terrain serait nécessairement écourtée.

Concernant cette spécialisation, un des motifs invoqués me laisse perplexe : « la réduction des délais de traitement des procédures », s’agira-t-il d’expédier plus vite au parquet des plaintes contre X pour de petites infractions et qui atteignent des stocks impressionnants dans les commissariats, ou bien de boucler des enquêtes en préliminaire déjà entamées, ce qui passera inévitablement par le contrôle d’un OPJ, en accord avec le Parquet, sans compter que ces néophytes en procédure pénale devront assimiler dans un temps record toutes les subtilités et complications de telles tâches….

Quant aux autres, les plus nombreux qui serviront dans les unités de voie publique, la préfète de police dans son discours inaugural les a prévenus de la rudesse du métier, je cite : « Vous serez confrontés à la violence sous toutes ses formes, à la misère, aux drames humains. Vous aurez parfois les honneurs mais vous serez aussi confrontés à l’indifférence, voire à l’ingratitude ».

Que de belles paroles qui masquent en réalité les vrais problèmes de la police, cette institution qui se situe au centre du carrefour humain, et reçoit l’impact de plusieurs forces centripètes : celle des préfets qui est toujours à géométrie variable, celle de la justice qui se méfie plus souvent d’elle qu’elle ne la soutient, de la hiérarchie qui tient à ses avantages et ne « veut pas de vagues », à la délinquance qui n’épargne personne et surtout pas les policiers, et la population enfin, volatile, indisciplinée, autant passionnée pour la police que très souvent critique et outrancière.

Albert Camus l’écrivait déjà, dans son livre, Les Justes, en 1949 : « C’est pour cela que je me suis fait policier. Pour être au centre des choses. » Mais c’était une autre époque, un autre contexte….

Aujourd’hui la donne a changé, aussi bien morale que sociale, la liberté prime sur l’ordre, l’égoïsme sur le bien public. Aujourd’hui le nouveau policier, s’il n’est pas bien entouré dès son affectation au sein d’une unité, par des gradés et des policiers chevronnés qui auront à cœur de compléter et parfaire sa formation, sera confronté aux pires difficultés. Et faire son chemin initiatique seul dans ce monde troublé qu’est le nôtre, n’est pas donné à tout le monde, il faut avoir une grandeur d’âme considérable et une force de caractère bien affirmée, ce qui n’est pas le cas le plus souvent rencontré.

La nouvelle recrue va devoir faire face à des situations assez courantes où sa vie, ou celle d’autrui est en danger, elle va donc devoir faire usage de son arme, dans le contexte légal actuel où la légitime défense est très mal perçue par l’autorité judiciaire. Il va falloir également qu’elle obéisse à des ordres de ses supérieurs, pas toujours sensés, ni intelligibles, et parfois en marge des règlements ; aura-t-elle la force nécessaire pour faire preuve de discernement dans l’observance de telles instructions ?

La présence d’un « chef » à ses côtés, dans ses missions, un chef reconnu et respecté, pourrait l’aider à exécuter parfaitement ses tâches, mais des chefs, il n’y en a plus guère : les commissaires de police sont devenus des technocrates pour un grand nombre d’entre eux, enfermés dans leur tour d’voire, les officiers ont suivi le même chemin et sont de plus en plus distants de leur base, restent les majors qui pourraient remplir ce rôle, mais surchargés de tâches par les échelons supérieurs, et souvent responsables de postes et de commissariats, ils sont obligés de déléguer leurs pouvoirs sur le terrain à des brigadiers, voire des sous-brigadiers anciens qui n’ont souvent que peu d’expérience des responsabilités de chef .

En conclusion, je finirai en citant de nouveau la représentante de l’État qui au cours de cette cérémonie d’installation avait déclaré : « Soyez fiers d’appartenir à la grande famille de la Police Nationale ».

Bien sûr que ces jeunes hommes et ces jeunes femmes sont fiers d’avoir réussi leurs concours et leur scolarité, et fiers d’ « entrer dans la carrière » où leurs aînés les ont précédés souvent au péril de leur vie, et je suis fier moi-même de constater qu’il y a beaucoup de jeunes français qui optent encore pour servir dans ce Corps prestigieux afin d’y servir avec courage, honneur et fidélité, et ce malgré toutes les difficultés ambiantes.

Mais la « grande famille » fait-elle tout ce qu’il est possible de faire pour accueillir dignement ces nouveaux, pour les préparer de manière correcte et professionnelle à leurs fonctions, et surtout pour ne pas rater cet acte essentiel de transmission d’expérience et de savoir d’une classe à une autre, car sinon l’objectif primordial qui est de former ces nouveaux policiers afin qu’ils soient conscients de leurs obligations en tant que « Gardien de la Paix » ne sera pas atteint.

Je souhaiterais enfin que la hiérarchie leur rappelle que souvent ils auront à se rendre à l’Hôtel de Police, l’ancien « Evêché  » de Marseille, situé à l’unique numéro de cette rue, le N°1 de la Rue du Commissaire Antoine Becker (1893-1944), qui fut un héros durant la Deuxième Guerre et qui est Mort pour la France. Commissaire Central de Marseille, il fut arrêté par les Allemands et exécuté en 1944, car ils lui reprochaient d’avoir appartenu aux services de renseignement, et ses actions passées pour traquer les espions allemands. Le passé de ce valeureux commissaire est complètement ignoré de nos jours par de nombreux policiers, et pourtant quel bel exemple !

Claude Dupont

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Commissaire divisionnaire honoraire