Lassés, écœurés, au bord de la crise de nerfs et de l’affrontement physique, nos concitoyens, tous ceux qui habitants des villes, des quartiers, des campagnes subissent jour après jour, nuit après nuit, les incivilités, la délinquance, le trafic et la consommation de stupéfiants, la prostitution sous leurs fenêtres, devant leurs portes.

Face à cet état de fait qui les prive de leur tranquillité, souvent même de leur liberté d’aller et de venir, de la part d’une minorité de voyous, et ne pouvant pas toujours compter sur la présence des forces de l’ordre, souvent débordées ou impuissantes, nombreux sont nos concitoyens qui s’organisent pour résister à la faune qui les entoure.

Longtemps inhibés, craintifs, terrorisés, cédant à la peur et à la loi des bandes, les citoyens honnêtes de ce pays prennent conscience de leur nombre, de leur force à partir du moment où ils sont animés d’un sentiment commun de défense, de protection, de sauvegarde de leurs libertés, et après avoir compris qu’ils ne pouvaient compter en permanence sur la présence et l’intervention des forces de l’ordre, mais avant tout que sur eux-mêmes et sur leur détermination.

Il y a ceux qui le font d’une manière tout à fait officielle sous l’égide des Voisins Vigilants, notamment, afin de protéger leurs domiciles et leurs biens contre les incursions de jour comme de nuit, les cambriolages, mais aussi les vols de véhicule et les dégradations en tous genres. Ce système rôdé de sentinelles depuis quelques années, en zone urbaine ou rurale, en liaison avec la Police, ou la gendarmerie, donne d’assez bons résultats et permet à la fois une prévention efficace et parfois également des interpellations en flagrant délit.

La résistance citoyenne se révèle aussi beaucoup plus pragmatique, improvisée, et ainsi des collectifs naissent quotidiennement sur les réseaux sociaux pour dénoncer quotidiennement les exactions en tout genre que les habitants subissent, mais aussi les dégradations, les squats, les décharges sauvages, etc.. « Marseille tranquille ma ville » en est un exemple, avec ses milliers d’abonnés qui interpellent au jour le jour les élus et les pouvoirs publics, si l’on prend la peine de faire la part des commentaires sérieux…..

Certaines fois, l’exaspération est telle que les  habitants des quartiers s’organisent pour lutter physiquement contre les fauteurs de troubles qui leur pourrissent la vie, comme c’est le cas sur la « Colline du Crack » et la place Stalingrad dans le 19ème arrondissement de Paris infestés par les consommateurs et vendeurs de crack, cette drogue très addictive, dérivée de la cocaïne, souvent appelée « la drogue du pauvre, et donc prisée par les migrants de toutes origines,  ou bien comme à Marseille depuis quelques jours où les riverains du boulevard Françoise Duparc (4ème arrondissement) s’organisent en faisant des rondes de nuit, et disposent des obstacles sur la voie publique, pour chasser les prostituées et leurs clients, ainsi que leurs véhicules, qui avaient transformé la voie publique en vaste lupanar.

Les pouvoirs publics sont conscients, à la fois de la faiblesse de leurs forces pour assurer l’ordre et la tranquillité publiques partout, mais aussi de ce phénomène nouveau du « réveil citoyen ». C’est ainsi que le Livre Blanc de la Sécurité Intérieure paru en 2020 consacre une partie importante de ses analyses et propositions au renforcement de la relation de confiance avec la population.

Le Ministère réaffirme le rôle premier des citoyens dans le domaine de la sécurité intérieure, car très souvent, ils sont présents sur un incident de sécurité, et surtout les premiers à pouvoir réagir, non seulement pour se protéger, mais aussi pour faire face. Par ailleurs, ils souvent les mieux placés pour détecter les menaces et donner l’alerte aux forces de sécurité, si celles-ci veulent bien les écouter….

La politique de sécurité intérieure, comme le Livre Blanc le préconise, doit encourager la réactivité des citoyens face aux événements qui impactent la sécurité. Pour cela, des formations et des exercices de sécurité sont nécessaires, ainsi qu’une communication appropriée sur les prérogatives des citoyens dans le domaine de la sécurité : le pouvoir d’interpellation en flagrant délit (art.73 du code de procédure pénale), la présentation à l’autorité judiciaire, le pouvoir d’enclencher des poursuites par voie de citation directe, l’usage également de la légitime défense et de l’état de nécessité……et ce dans la mesure où les juges feront preuve d’une sérieuse objectivité !

Les réservistes de la force publique ont également un rôle à jouer, comme le Livre Blanc le souligne, car elles permettent de soutenir l’action citoyenne, de diffuser la culture de la sécurité au grand public, et de préparer pour les jeunes gens un engagement fort dans les métiers de la sécurité.

Un certain nombre d’autres propositions sont formulées dans ce Livre de nature à conforter le pacte de protection et de sécurité des Français tels que :

  • des actions dédiées dans les écoles pour la formation au civisme dès le plus jeune âge, et il serait opportun de rajouter la remise en service du Service National suspendu Par Chirac en 2000,
  • l’organisation chaque année des temps d’échanges sur la sécurité en permettant aux habitants d’un arrondissement, d’un quartier d’y participer, et de tout faire pour encourager leur présence,
  • l‘intensification de la police de sécurité du quotidien afin que policiers et gendarmes reprennent l’habitude qu’ils n’auraient jamais dû perdre d’aller au contact de la population, et proposer des lieux d’échanges hors les murs des commissariats et des brigades,
  • la garantie à tous sur tout le territoire, pour toute démarche administrative ou judiciaire, de la certitude d’un accueil physique, ou d’un accompagnement numérique professionnalisé et performant, et de surcroît téléphonique avec des personnels formés à cette mission,
  • l’institution au niveau local, d’une ou plusieurs journées de cohésion nationale dans l’année, associant l’ensemble des partenaires institutionnels, associatifs et privés, et dédiées à la connaissance par les citoyens des risques majeurs dans leurs communes (y compris les risques du quotidien), et les moyens de se préparer à faire face à ceux-ci, en facilitant la compréhension des messages de vigilance, puis d’alerte, ainsi que les comportements à adopter avant, pendant et après la crise. Ces journées pourront s’accompagner de séances de sensibilisation et d’entraînement pratiques aux risques, selon l’exemple des journées dites « japonaises ». La formation aux gestes de premiers secours pourrait être utilement intégrée à ces séquences de formation.
  • et enfin donner une nouvelle impulsion au dispositif de la réserve, dont les effectifs à ce jour sont notoirement insuffisants (20.000 hommes et femmes dans la police au lieu du double dans la gendarmerie), orienter son recrutement prioritairement vers la société civile et la jeunesse pour renforcer le lien avec la Nation, et ainsi développer l’appétit des jeunes pour la réserve de la police nationale en leur confiant des missions opérationnelles.

Ces propositions sont très intéressantes, encore faut-il que le gouvernement actuel et le ministre de l’Intérieur ait une réelle volonté de les mener à leur terme. Ce n’est pas gagné, car il semble que le Livre Blanc soit quelque peu passé à la trappe après l’organisation depuis le début de l’année 2021 des tables rondes de la Sécurité Intérieure.

Il n’y a que la force citoyenne qui peut inciter les pouvoirs publics à passer à l’acte, compte tenu des violences urbaines qui se multiplient, ainsi que des attaques à force ouverte contre les commissariats, les brigades de gendarmerie, et les personnels à titre individuel pendant leur service et en dehors du service.

La sécurité n’est plus l’apanage unique des forces régaliennes, la sécurité est désormais l’affaire de tous, de tous les citoyens responsables de ce pays attachés à la défense de leur sécurité et de leurs libertés. Il convient de s’inspirer à cet égard de des exemples étrangers, tels le Royaume Uni qui a mis en place des Community Wardens, c’est-à-dire des citoyens volontaires dépendant des mairies, notamment dans les villes dépourvues de police municipale et qui luttent contre les comportements antisociaux, même si ce pays est en proie dans un certain nombre de secteurs à une influence communautariste très forte.

Le meilleur des systèmes, semble-t-il, serait de créer une véritable Garde Nationale, non pas celle qui existe soi-disant en France et qui consiste à additionner les réserves de la PN et de la GN sans aucune articulation opérationnelle entre elles, ni celle des USA où cette Garde fait partie intégrante de l’US Army, non, ce qui serait souhaitable , c’est de faire en sorte que cette garde nationale soit un complément et une force d’appui aux forces régaliennes , elle serait composée certes des forces de réserve existantes, mais mêlées à un fort contingent de citoyens volontaires, dûment sélectionnés, formés en entraînés, laquelle force interviendrait sur les catastrophes naturelles, pour la prévention de la délinquance dans les villes, les villages, aux abords des établissements scolaires, et pour la surveillance des grands événements festifs tout au long de l’année.

Cependant cela nécessite une réelle volonté politique de consolider le pacte de protection et de sécurité des Français, à défaut le réveil citoyen, s’il n’est pas canalisé et encadré légalement, pourrait adopter à terme des dérives plus radicales et violentes de nature à remettre en cause notre équilibre démocratique.

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Commissaire divisionnaire honoraire