Afin de satisfaire à une promesse électorale du candidat Macron, Gérard Collomb, tout nouvellement nommé ministre de l’Intérieur en 2017, est chargé de mettre en œuvre une nouvelle et énième police de proximité qui prendra, cette fois-ci, l’appellation de « Police de Sécurité du Quotidien » (PSQ). Cinq axes sont alors définis. Une police et une gendarmerie respectées ; une police et une gendarmerie connectées, une police et une gendarmerie sur mesure ; une police et une gendarmerie aux ambitions retrouvées, enfin, une police et une gendarmerie partenariales. Lancée officiellement le 08 février 2018, nous savons aujourd’hui que Gérard Collomb, face à l’ampleur et à la gravité de la situation sécuritaire dans notre pays, jettera l’éponge et démissionnera de son poste quelque mois à peine après le lancement de ce « vaste et ambitieux projet ». Il sera remplacé par Christophe Castaner, lequel à son tour quittera la place Beauvau par la petite porte en juillet 2020, après avoir, suite à ses déclarations sur le supposé racisme et la violence endémique qui habiteraient l’institution policière, largement mécontenté l’ensemble des policiers. C’est actuellement Gérald Darmanin qui occupe le poste. À quelques mois de la prochaine élection présidentielle, à laquelle Emmanuel Macron sera vraisemblablement candidat, il n’est donc pas inintéressant de dresser le bilan de la PSQ, et de s’interroger sur ce qui a vraiment changé en 3 ans dans notre pays en matière de sécurité publique.

Si l’on reprend les grands axes structurant de la police de sécurité du quotidien, force est de constater que le compte n’y est manifestement pas. Sur le respect dû aux policiers et aux gendarmes, il suffit en effet de reprendre les chiffres. Ainsi, entre 2009 et 2019, les violences envers les forces de l’ordre ont augmenté de 40 %. En 2019, 7399 femmes et hommes en uniforme ont été agressés, soit plus du double par rapport à 2004. Enfin, en 2020, 8719 policiers et gendarmes ont été blessés en service et 11 d’entre-eux ont été tués, confirmant une tendance inexorable à la hausse qui ne se dément toujours pas. Bien plus, ce sont désormais tous les acteurs de la sécurité qui sont concernés, puisque les sapeurs-pompiers eux-même subissent, dans le cadre de leurs missions de secours et d’assistance aux populations, pas moins de 10 agressions chaque jour[1]. Sur ce premier point, le fiasco gouvernemental est donc patent.

Sur la « connexion » des forces de l’ordre, les premiers policiers et gendarmes sont actuellement dotés de smartphones qui leur permettront de communiquer en haut débit, de dresser des PV, de se géolocaliser, de consulter les fichiers, voire même dans l’avenir, d’utiliser la reconnaissance faciale. Bien entendu, on ne peut qu’applaudir à une telle avancée, surtout lorsque l’on sait que d’importants retards avaient été pris dans ce domaine. Reste cependant à espérer que ces dotations ne resteront pas à l’état « d’échantillons », et  qu’il ne faudra pas 20 ans, comme ce fut le cas pour le système de communication « ACROPOL », pour répondre aux demandes de l’ensemble des services de police et de gendarmerie.

Pour ce qui relève d’une police et d’une gendarmerie sur mesure, il suffit d’écouter les acteurs locaux pour comprendre que, là encore, rien n’a véritablement bouger au cour de ces dernières années. Ainsi, élus locaux et travailleurs sociaux font le constat d’un dynamisme des « PSQ » très inégal selon les territoires. Cette nouvelle doctrine, toujours selon ces partenaires du quotidien, n’aurait eu que peu d’impact opérationnel et l’activité des services de police et de gendarmerie n’aurait que peu, voire pas évolué. D’une manière générale, reproche est également fait aux policiers et aux gendarmes de n’avoir pas adhéré à ce projet, et aux institutions concernées de n’avoir pas dégagé les moyens indispensables !

Sur les ambitions retrouvées ou à retrouver de la police et de la gendarmerie, bien malin qui pourrait dire quels objectifs étaient véritablement poursuivis par les initiateurs de la PSQ. Aujourd’hui, policiers et gendarmes ne cessent de se poser la question du sens de leurs missions. Régulièrement attaqués et mis en cause par certains médias, ils n’ont d’autre ambition que de pouvoir simplement effectuer leur travail. Ils souhaitent être soutenus par leur hiérarchie et par une justice dont, malheureusement, ils doutent de plus en plus. Les ambitions de nos forces de l’ordre sont donc simples : avoir les moyens humains et matériels de travailler et être certains qu’ils ne s’exposent pas en vain. Manifestement, tout reste à faire !

Dernier des axes retenus, le partenariat. Là encore les acteurs et observateurs de la PSQ font le constat de ce que cette nouvelle approche de la sécurité n’a pas modifié réellement les pratiques. Que, se basant sur l’existant, aucun véritable changement dans les pratiques professionnelles des uns et des autres n’est véritablement intervenu.

Ces différents constats attestent donc bien de ce que la Police de Sécurité du Quotidien n’avait pas été suffisamment pensée et préparée. Comme toutes les politiques de prévention de la délinquance mises en œuvre depuis plus de  40 ans, elle n’a absolument pas tenu compte du contexte selon lequel rien d’efficace en la matière ne pourra se mettre en place sans avoir, au préalable, reconquis les territoires qui échappent maintenant aux lois de la République. La police de proximité, quel que soit le nom qu’on lui donne, est une police de territoires pacifiés. Outil utile de prévention là où la criminalité est encore contenue, elle est totalement inefficace là où règnent les gangs. Dans ce contexte, il est consternant que des décennies d’échecs successifs n’aient rien appris à ceux, de droite, de gauche ou « progressistes » qui nous gouvernent.

Olivier DAMIEN

[1]     Chiffres tirés d’une question parlementaire au Sénat du 20 mai 2021 et au parlement européen du 25 août 2020.

Olivier DAMIEN

Olivier DAMIEN

Commissaire divisionnaire honoraire

Ancien secrétaire général du syndicat des commissaires de police