Quand on a plus de solution ni de perspectives, il est de coutume pour les gouvernements impuissants de créer, soit des commissions, soit des “bidules” dont la seule utilité sera de participer à la gloire éphémère de son inventeur.

En la matière, voilà donc le nouvel artifice de notre ministre de l’Intérieur, agissant avec la bénédiction de notre président.

Il s’agirait donc de créer une force d’intervention spéciale baptisée CRS 8, dont la vocation sera d’intervenir dans un délai de quinze minutes et dans un rayon de 300 km (avec ou sans ravitaillement) afin de circonscrire tout ce qui pourrait ressembler à des troubles en zones sensibles, ou des manifestations qui prendrait une tournure particulière.

Et cela, sous les applaudissements des thuriféraires habituels, qui nous ont habitués depuis plus de quatre à valider toutes les inepties gouvernementales, y compris quand elles représentent un danger pour la démocratie et l’ordre républicain.

En effet, derrière les coups de menton médiatiques de Gérald DARMANIN et les pensées profondes du Grand Emmanuel M, se cachent non seulement des échecs, mais surtout un renoncement à faire respecter l’ordre républicains sur l’ensemble du territoire national.

Considérer que cette force d’intervention sera LA solution aux débordements dans certaines banlieues, par exemple, illustre un renoncement total à y établir un ordre républicain que nous qualifierons de normal. Résoudre ce genre de situation par la projection d’une force temporaire et brutale constituera le terreau le plus sûr pour renforcer l’idée que sur ces périmètres, l’État n’existe plus en tant que tel.

Et nous ne doutons pas que les forces de sécurité, police ou gendarmerie, qui resteront sur place auront à essuyer les plâtres d’une situation qui aura été temporairement maîtrisée, mais nullement réglée. Il faut être un crâne d’œuf du ministère pour l’imaginer et se convaincre du contraire.

Idem, pour les conflits qui doivent hanter les imaginaires du pouvoir et dont on peut légitimement redouter la violence à la rentrée prochaine. Et comme réponse à ses tensions sociales, elle est simple comme bonjour, ce sera la CRS 8, ou un de ses avatars. Bravo pour le dialogue social et le rapport police citoyenneté.

Dans cette perspective propre à Emmanuel MACRON, fidèle continuateur de ses prédécesseurs, seul le maintien de l’ordre compte et comptera dans les mois qui s’annoncent compliqués.

Au passage rien de nouveau pour l’effondrement de la filière judiciaire que les politiciens français n’auront eu de cesse de saborder sous le regard ahuri des syndicats de police et le renoncement d’une hiérarchie policière qui adore scier sur la branche qui les aura nourris grassement.

Malheureusement pour la police, ses éléments les plus « intéressés » ont l’oreille du président. Comme cet étonnant monsieur Fauvergue qui nous gratifie de projets sécuritaires plus en rapports avec ses intérêts personnels que le bien public.

On a souri parfois à la lecture de certaines tribunes de militaires ou de policiers retraités. On regrettera sûrement de ne pas avoir assisté à un sursaut de fierté ou de courage de la part de cadres d’active plus soucieux de leurs plans de carrières que de ce pourquoi ils se sont engagés, le service public.

Mais en attendant Force Jaune, Force bleue, nous aurons CRS 8. Interdit de rire, ceux qui nous gouvernent ont une idée singulière de la démocratie. Celle qui associera, forces de sécurité, confinements et masques obligatoires. Et malheureusement, ce ne sera pas de la science-fiction.

Jean-Pierre COLOMBIES

Jean-Pierre COLOMBIES

Commandant Divisionnaire Honoraire

Porte parole de l’association de policiers UPNI (Union des policiers Nationaux Indépendants)