Capture d’écran chaîne YouTube STUDIOCANAL France

Avant d’aller voir ce film, j’ai lu et écouté tous les commentaires à son propos. Très peu étaient négatifs. Pour la plupart, ce n’étaient qu’appréciations enthousiastes voire dithyrambiques, venant de collègues flics, actifs ou retraités, et même de non-flics comme mon ami José.

Après l’avoir visionné, et dans un premier temps, je n’ai pas voulu me situer à contre-courant de cette liesse, et tout en ne tenant aucun compte, bien entendu, des citriques politiques qui ont fusé de la gauche et de l’extrême gauche qui se sont servies de ce film comme d’un hochet.

Je me suis décidé à donner ici mon analyse personnelle de ce film, car j’ai toujours dit, écrit ce que je pensais, et je tiens tout d’abord à distinguer tout d’abord la technique du scénario.

La technique cinématographique est de bonne facture, je l’admets, le jeu d’acteur est excellent avec un Gilles Lellouche en figure de proue mais également avec ses deux acolytes, Karim Leklou et François Civil, les codes policiers sont assez respectés et les prises de vue de Marseille sont excellentes même si certaines scènes, les plus violentes, ont été tournées dans une cité de Port-de-Bouc.

Ce qui emporte beaucoup moins mon adhésion, c’est le scénario. Certes les « bacqueux » de ce film expriment leur frustration devant l’absence de considération et de soutien de leur hiérarchie, qui se borne à exiger d’eux le maximum de résultats et d’interpellations tous les mois. Et c’est ce qu’exige également leur officier, omniprésent ; quant aux « patrons », ils sont totalement absents dans le film.

Ce film retrace, il est vrai, la véritable affaire de la Bac Nord qui s’est déroulée en 2012 durant la période où sévissait la « culture du chiffre » et de la « bâtonnite » dans la Police Nationale. Ceci explique sans doute un scénario complètement irréaliste, dans la mesure pour il fallait que ce trio réalise une grosse affaire de stup pour satisfaire le préfet, et pour cela, il ne fallait pas lésiner sur les moyens employés ; c’est-à-dire offrir à l’informatrice les cinq kilos de cannabis qu’elle réclamait pour leur livrer le « tuyau » en béton qui allait leur faire réussir un gros coup.

Certains me diront que dans un tel film, plus on exagère la réalité de ce qui s’est passé réellement, plus on acquiert de la crédibilité auprès des spectateurs. Je ne le crois pas, ce film loin d’être un plaidoyer laudateur des policiers de la Bac fait par un réalisateur dont on connait les penchants plutôt socialisants, il n’est en fait qu’une critique voilée, indirecte, mais féroce des moyens employés par ces policiers, de leur mentalité, de leur comportement, de leurs méthodes et même de leur vie tout simplement.

Ce film aurait dû démontrer, à mon sens, l’instrumentalisation politique de cette « affaire » qui en a été faite dix ans en arrière par un ministre de l’intérieur voulant se montrer incorruptible (Manuel Valls), un préfet de police aux ordres et désireux de faire le ménage dans la police (Alain Gardere), et un procureur de la République playboy, jouant au justicier (Jacques Dallest), plus des « dénonciateurs flics » complètement paranoïaques….mais il aurait été moins accrocheur pour le grand public !

Pour la Justice pendant 10 ans, ce fût une grosse patate chaude que chacun se refilait, et le temps passait inexorablement et au détriment de la vingtaine de policiers – dix-huit exactement – mis en cause et suspendus. Quant à l’administration, elle a pris des mesures incompréhensibles, de suspension, puis de remise en service, et enfin de révocation pour certains, anéantissant le moral de ces policiers. Le résultat judiciaire, on le connait, des peines dérisoires et de nombreuses relaxes, sept au total….

Certes, il fallait punir, mais administrativement, et s’en tenir là, sans aller jusqu’à la correctionnelle. C’est ce que j’avais fait personnellement dans le Var pour des policiers de la Bac mis en cause, une fois encore par un dénonciateur « ADS » pour des faits de même nature…

Après ce film, je reste sur ma faim, car ce film est sans fin. Et puis, à travers ce film, je revois ce service, la Bac Nord que j’ai eu sous mes ordres de 1993 1996, fer de lance de la sécurité publique dans un secteur particulièrement difficile et criminogène, couvrant six arrondissements, soit une population d’environ 350000 personnes, et d’une efficacité sans pareille, et je suis déçu, c’est un euphémisme de constater, plus de 20 ans après, ce que mes successeurs en ont fait, ou plutôt défait.

Pour finir, je conseille vivement à mes collègues chefs de service, aux officiers également, et ce quelque soit leur affectation, d’aller voir ce film afin qu’ils y trouvent une inspiration salutaire, si c’est encore temps, pour changer de méthodes de commandement et de management.

Mon dernier mot, sera pour rendre hommage à tous mes anciens de la Bac Nord avec qui je suis resté en contact, certains ont disparu aujourd’hui, notamment Régis, mort en service le 27 novembre 1993, que nous regrettons beaucoup. Je voudrais aussi saluer Didier, commandant divisionnaire Didier, mon adjoint, commandant la Bac Nord, précieux et fidèle collaborateur.

Claude Dupont

Claude DUPONT

Claude DUPONT

Commissaire divisionnaire honoraire