Capture d’écran chaîne YouTube STUDIOCANAL France

« Bac Nord », c’est Orange mécanique. La violence à l’état pur. Un constat brutal, terrifiant. Ce n’est pas un film, c’est un uppercut. Paf, sous le menton. On ressort complètement groggy. Gavé par une réalité suffocante. Les gangs règnent en maîtres sur les quarante-cinq principales cités de la drogue à Marseille. Le constat d’impuissance des flics de terrain dressé dès le début par Gilles Lelouch, absolument sensationnel dans ce film, est saisissant : « à quoi on sert, nous les policiers de la brigade anti-criminalité si on ne nous laisse plus aucune latitude pour agir, si on nous traite comme des baltringues, hein, à quoi on sert ? » La réponse coule hélas de source : les policiers ne servent plus à rien car l’État veut avant tout éviter tout risque de « bavure » et d’émeute. Donc, pas de vagues…

Le mérite essentiel de ce film-choc de Cédric Gimenez et de sa compagne Audrey Diwo est d’avoir montré sans fioritures et d’une façon hyperréaliste l’impossibilité pour les brigades anti-criminalité d’intervenir de façon efficace dans ces cités gangrénées par le trafic de stupéfiants et protégées par des meutes de forcenés qui hurlent au quotidien leur haine de la police et de la France.

Les policiers sont corsetés et même paralysés par des lois éminemment favorables aux délinquants. Il est de bon ton aujourd’hui de fricoter avec les criminels et de se gausser de la police. Les valeurs sont inversées. L’Etat de droit n’est plus qu’un lointain souvenir dans les quartiers nord. Ce sont bel et bien les voyous qui font la loi sur « leurs » territoires et aucune autre autorité n’y est admise.

Evidemment, la bienveillance du réalisateur et de sa compagne envers les policiers marseillais qui prétendent faire appliquer la loi française sur tout le territoire a eu du mal à passer auprès des « bobos-gauchos » du festival de Cannes qui estiment que « Bac Nord donne envie de voter pour Marine Le Pen ». Rien que ça !

Un rythme saccadé à la Kalach

 

« Libération » ne pouvait pas rater l’occasion de s’indigner d’une « fiction démago, raciste et viriliste mobilisant cinquante nuances de droite ». « Le Monde » a également éreinté ce scénario qui vise à « exonérer ses héros de toute responsabilité et à réhabiliter des ripoux ». Comme d’habitude, les médias de gauche se trompent sur toute la ligne. La preuve, c’est que « Bac Nord » est déjà un succès commercial et qu’il caracole en tête du box-office.

C’est un film haletant, époustouflant, qui décrit à un rythme aussi saccadé qu’une rafale de kalach le quotidien des « baqueux », confrontés à la haine, aux crachats, aux insultes, aux menaces de mort et parfois aux lynchages en règle de la racaille. Ce qui a déplu à ces bobos gauchisants, c’est qu’on ose enfin de façon éclatante mettre en exergue les méfaits de l’immigration africaine en France puisque la plupart des voyous de ce film sont incarnés par des jeunes issus de la diversité.

Ce constat somme toute banal a scandalisé les antiracistes professionnels toujours prompts à défendre les communautés victimaires qui seraient persécutées au faciès par de méchants policiers. Mais comment peuvent-ils faire les policiers quand ils n’ont face à eux qu’une majorité de rebelles issus de l’immigration ? Mission impossible.

L’ennui, pour ces bobos endimanchés, c’est que Gimenez est précisément un des leurs. C’est un socialo-progressiste de base, naguère encensé par les médias de même obédience. Gimenez se serait-il fourvoyé dans une entreprise qui le désigne désormais comme un « traître » à la Gauche ? Certainement pas. Il est vrai qu’il a été guidé de bout en bout dans sa réalisation par Bruno Carrasco, un vrai flic de terrain, ancien leader de la Bac Nord, longtemps en première ligne et qui a dû en payer le prix médiatique et judiciaire.

Si l’affaire de la « Bac Nord » a défrayé la chronique en 2012 c’est parce qu’elle avait un parfum envoutant de corruption mais elle s’est soldée par un gigantesque fiasco judiciaire et les policiers prétendument ripoux ont été dans l’ensemble réhabilités ou condamnés à des peines de pure forme. « Vous voudriez que je condamne ces hommes dont l’un a sauvé par son courage une femme d’une mort certaine et dont un autre a sorti des flammes toute une famille encerclée par le feu ? C’est ça que vous demandez au procureur que je suis ? », s’est étranglé M. Ribes au tribunal.

Le film comporte deux parties distinctes : le feu et la glace. La première est échevelée : poursuites, interpellations musclées, baffes, cris, bagarres. Puis, c’est le drame. La dénonciation. La prison. Les bœufs carottes. La déchéance, la détresse, l’abandon. Le silence.

Les « bandeurs d’hommes »

Les fumeroles du volcan retombent sur nos consciences assoupies. Ben oui, pour faire de la bonne police, il faut de bons renseignements et les infos dans le milieu, ça se paye, avec de la drogue ou de l’argent. Gimenez et Diwo le savent parfaitement et ils ont su séquencer leur propos à coups d’images qui font mouche parce qu’elles sont saisissantes de vérité.

Ils ont transformé la réalité en chef-d’œuvre esthétique. Tous deux sont fascinés par le grand banditisme, ce sont ce qu’on appelle à Marseille des « bandeurs d’hommes ». La Gauche refuse de l’admettre mais certains territoires à Marseille sont devenus invivables et inaccessibles, y compris pour les policiers qui osent s’y aventurer. Ils ressemblent à ces soldats sans armes qu’on envoie au front sans espoir de retour, sacrifiés sur l’autel d’une hypothétique reconquête à venir.

Oui, la tâche sera rude, longue difficile, mais si certains gauchos ouvrent les yeux, comme cela semble être le cas de Gimenez et Diwo, alors tous les espoirs sont permis. Surtout, si l’Etat entre dans la danse et dote la police et la justice d’armes efficaces pour stériliser les trafics et condamner sévèrement les délinquants.

En tout cas, un grand bravo à Gilles Lelouch, François Civil, Karim Leklou et Cyril Lecomte pour leur interprétation magistrale d’une réalité effrayante : en ces temps de règlements de comptes tous azimuts, Bac Nord dévoile à la France entière que Marseille est complètement à l’ouest !

José D’ARRIGO

José D’ARRIGO

Rédacteur en chef du Méridional

Écrivain